Feuille de route pour la souveraineté numérique communale (en 5 étapes)
La souveraineté numérique n’est pas une question de technologie, mais de capacité à décider, comprendre et réagir.
Cette feuille de route permet :
- d’augmenter la souveraineté numérique communale sans investissements massifs,
- de réduire les risques politiques et opérationnels,
- et de s’aligner avec la vision du Conseil fédéral tout en respectant la subsidiarité communale.
Vision d'ensemble (lecture rapide)
| Étape | Effort | Impact | Horizon |
|---|---|---|---|
| Piloter | faible | faible | 0-3 mois |
| Inventorier | faible | faible | 2-4 mois |
| Sécuriser | moyen | moyen | 5-12 mois |
| Maîtriser | moyen | moyen | Annuel |
| Développer | élevé | élevé | Continu |
Objectif
Sortir d’une gestion « par défaut » du numérique en clarifiant les rôles et les responsabilités.
Actions concrètes (0 à 3 mois)
Adopter une note interne de 2-3 pages qui définit les éléments suivants (Note interne : petites communes.docx ou Note interne : commune moyennes.docx)
- un référent numérique communal
(secrétaire communal, cadre administratif ou mandat explicite). - qui décide quoi :
- choix des outils,
- relation avec les prestataires,
- gestion des incidents.
Valeur pour la commune
- Responsabilités claires
- Meilleure maîtrise des risques
- Décisions traçables
Objectif
Profiter d'un outil simple qui permet de comprendre et de décider.
Actions concrètes (2-4 mois)
Éditer et tenir à jour un Inventaire numérique communal.xlsx, qui consiste notamment à :L
- Lister tous les systèmes numériques utilisés (logiciels métiers, cloud, messagerie, hébergement du site, outils collaboratifs, etc.)
- Identifier pour chacun :
- le fournisseur,
- l’hébergement des données,
- le caractère critique
- la niveau de dépendance
- Identifier les données sensibles (habitants, finances, sociales, fiscales, RH, santé, formation), utile aux éléments suivants :
- Publication aux citoyens des informations sur les traitements de données
- Réalisation des procédures en cas de cyberincident
- Accès ou chiffrement des données sensibles
Valeur pour la commune
- Vision globale claire : base pour toute décision future
- Prérequis obligatoire pour la protection des données
- Prérequis pour la gestion des cyberincidents
- Prérequis pour maîtriser les contrats avec les prestataires
Objectif
Prévenir les incidents et assurer la continuité des services communaux en cas d’incident.
Actions concrètes (5-12 mois)
Former sensibiliser les collaborateurs aux bonnes pratiques :
► Sécurité du courrier électronique
► Cours sur les phishings et fake news
► Cours sur la protection des données
Se préparer à gérer un incident :
► Plan de crise informatique (15 pages)
► Rapport de débriefing (5 pages)
Valeur pour la commune
- Réduction forte du risque opérationnel
- Moins de dépendance passive aux prestataires
- Confiance de l’exécutif et des citoyens
Objectif
Renforcer la souveraineté numérique communale en évitant les situations de dépendance excessive à un prestataire unique (vendor lock-in).
Il ne s’agit pas de tout renégocier ni de changer de prestataire, mais de reprendre la maîtrise minimale des données, des accès et des conditions de sortie.
Quand appliquer cette étape ?
- Lors de chaque renouvellement contractuel
- Lors de nouveaux projets numériques
⇒ Rythme recommandé : 1 à 2 contrats clés par an.
Actions concrètes
Le minimum absolu :
► Vérifications de conformité : Cybersafe/Cyberseal et LCPD/LPD
► Clauses essentielles (voir section 3 de la page relative à l'étape 4 "maîtriser")
Une base pour la gestion des contrats :
► Checklist pour contractualisation
Valeur pour la commune
- effort modéré pour un impact élevé, et réaliste pour des communes de petite taille,
- assurer la conformité aux lois et ordonnances sur la protection des données bernoises,
- permettre la gestion en cas d’incident (cyberattaque, faillite, conflit contractuel)
Objectif
Ne pas rester seul face à la complexité numérique et traiter de manière coordonnée une dimension du numérique après l’autre.
Les principes de bases pour des actions concrètes (en continu)
- Se rapprocher :
- du canton,
- d’associations régionales,
- de communes voisines.
- Mutualiser :
- outils,
- bonnes pratiques,
- prestataires.
- Sensibiliser :
- l’exécutif (enjeux, risques),
- les collaborateurs (hygiène numérique).
Valeur pour la commune
- Mutualisation des connaissances
- Mutualisation des ressources
- Interopérabilité des systèmes (régional, cantonal et fédéral)
*Note explicative : segmentation communale en deux groupes
Cette note fait office de cadre de lecture commun pour l’ensemble du projet.
Les explications ci-dessous se rapportent à la segmentation imparfaite mais utile, servant de base aux démarches de numérisation à l’échelle régionale, pour chacune de ses étapes.
Cette segmentation est arbitraire par nature, évolutive, et non prescriptive.
Chaque commune reste libre de s’identifier au groupe qui lui semble le plus pertinent, à tout moment.
Petites communes
< 2’000 habitants
Caractéristiques générales :
- administration de petite taille, peu de postes à plein temps,
- faible spécialisation interne,
- maturité numérique souvent limitée ou hétérogène.
Enjeux spécifiques :
- ressources humaines très contraintes,
- forte dépendance à un ou deux prestataires clés,
- faible capacité d’absorption de projets complexes ou transversaux.
Approche recommandée :
- Simplicité et proportionnalité
- Priorité à la lisibilité, à la continuité de service et à une résilience minimale
Actions clés :
- Désigner clairement un responsable administratif du numérique, év. au sein du conseil communal ou à l'externe.
- Établir un inventaire très simple des outils, données et prestataires.
- Vérifier l’existence de sauvegardes effectives et d’une procédure d’urgence minimale.
- Privilégier des solutions mutualisées ou “tout-en-un”, éprouvées et soutenues régionalement.
Objectif réaliste : répondre aux obligations légales et ne pas être pris au dépourvu.
Communes moyennes
2’000 – 6’000 habitants
Caractéristiques générales :
- administration plus structurée,
- diversité croissante des outils et applications,
- exposition accrue aux risques opérationnels, juridiques et organisationnels.
Enjeux spécifiques :
- multiplication des systèmes et des interfaces,
- dépendances numériques moins visibles mais plus nombreuses,
- besoin de coordination interne plus formalisée.
Approche recommandée :
- Structuration légère mais explicite
- Pilotage administratif clairement identifié
Actions clés :
- Formaliser une note de gouvernance numérique (rôles, responsabilités, principes).
- Réaliser un inventaire détaillé des systèmes, données critiques et flux.
- Mettre en place une procédure d’incident documentée et testable.
- Introduire des exigences contractuelles minimales lors des renouvellements (données, sécurité, réversibilité).
Objectif réaliste : répondre aux obligations légales et reprendre la main sur les dépendances numériques.
Application de la segmentation dans le projet
Cette segmentation et ses appellations constituent un cadre de lecture transversal.
Par souci de clarté et de concision, elle ne sera pas réexpliquée dans chaque domaine de la numérisation.
Il va toutefois de soi que :
- chaque application se fait en pleine conscience des limites de cette approche,
- la segmentation est utilisée comme outil de compréhension, non comme règle normative.
Pourquoi une segmentation ?
À l’échelle de notre région, les écarts entre communes en matière de besoins, de moyens et de maturité numérique sont nettement plus faibles qu’à l’échelle cantonale. Cela ouvre de réelles possibilités de coordination pertinente.
Cependant, ces différences restent suffisamment significatives pour poser un défi central :
► comment proposer un cadre commun qui soit réellement utile à toutes les communes, sans tomber dans une abstraction inefficace ?
Deux situations sont à éviter :
- Un guide unique, suffisamment général pour convenir à toutes, mais trop vague pour être actionnable.
- Une multiplication de guides spécifiques, plus précis, mais coûteux à produire, difficiles à maintenir et, au final, toujours à adapter localement.
Les principaux facteurs de différenciation appliqués lors d'études sont entre autres:
- le nombre d’équivalents plein temps (EPT) au sein du secrétariat,
- les volumes d’affaires à traiter,
- la complexité organisationnelle (processus décisionnels, diversité des prestations),
- le niveau de maturité numérique,
- le degré de dépendance à des prestataires externes.
Décisions de cadrage
Plutôt que de chercher à évaluer finement chaque commune, exercice lourd, discutable et peu exploitable pour un pilotage régional, les choix suivants ont été posés :
- Limiter volontairement la segmentation à deux groupes principaux, afin de rester gérable et lisible.
- Utiliser ces groupes comme base de proposition de modèles, et non comme catégories rigides.
- Préserver une liberté totale d’adaptation : chaque projet concret peut s’adresser à un seul groupe, aux deux ou proposer une granularité différente si cela s’avère pertinent.
En ce sens, il a été décidé de s’appuyer sur un critère simple et compréhensible :
- le nombre d’habitants



